Les mots ne font pas le discours

Poétique matérielle du sens

Dans ces images, les mots ont été posés sans la volonté de nous faire lire ce que nous y avons lu. Il n’est même pas certain que nous y lisions tous la même chose.
Qu’est-ce qui fait discours ?
La transformation, plus ou moins intentionnelle, du support ?
L’objet photographique ?
Une interprétation personnelle et intime ?
Le discours, c’est ce que l’on fait aux mots.

Affiches lacérées, slogans détournés, signalétiques absurdes, ironies sociales, le réel devient co-auteur du langage.

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Cette série explore la manière dont le sens se déplace dès lors que les mots sont saisis dans l’épaisseur de leurs supports, de leurs altérations et de leurs collisions avec le réel.

Les images montrent moins des textes que des situations où le langage est contredit, déplacé ou redoublé par son environnement matériel et social. Un mot bâillonné par un sac plastique, une injonction administrative prise dans un confessionnal, un slogan politique lacéré, une enseigne commerciale confrontée à une présence humaine précaire : le discours naît ici de la rencontre entre le texte, son support et le monde qui l’entoure.

La photographie agit comme opérateur de bascule. Elle révèle comment le support produit parfois un sens plus fort que les mots eux-mêmes, comment l’effacement devient énonciation, comment la déchirure, la condensation, le collage ou la ruine des surfaces fabriquent une autre lecture.

Entre humour discret, ironie sociale et archéologie des signes, la série interroge ce qui fait réellement autorité dans un énoncé : le texte, le contexte, le matériau ou le regard qui les relie.

Le discours n’est plus ce qui est écrit, mais ce qui advient lorsque les mots rencontrent le réel. Comme dans Zooppression et Land Art ?, le quotidien devient ici le lieu d’un léger décalage : une scène familière retient d’abord le regard, puis révèle une autre lecture, parfois drôle, parfois troublante, souvent critique.

J’ai eu l’honneur de présenter cette série lors d’un colloque scientifique organisé par l’Université du Luxembourg et Ci-dit, groupe de recherche international et interdisciplinaire travaillant sur l’histoire, les théories et les pratiques du discours rapporté.

Consacré aux matérialités du discours rapporté, ce colloque s’intéressait à la manière dont le support, loin d’être neutre, participe pleinement à la production du sens. Cette problématique entre directement en écho avec la série, qui explore précisément la façon dont affiches, surfaces, déchirures, contextes urbains et situations sociales reconfigurent les mots.

Cette série est disponible en version accrochage de 20 tirages pour expositions dans vos espaces, en particulier lorsqu’elle vient dialoguer avec une action, un projet, une réflexion ou un événement en lien avec les questions qu’elle traverse.